Interview de Malher parue dans
LE MAG RADIO n°16, mars 2002


Malher s'est fait virer de RFM, puis de SKYROCK, puis de FRANCE INTER, puis de nouveau de SKYROCK, puis de EUROPE 1, puis de RMC, puis de nouveau de RFM…Mais il ne sait toujours pas pourquoi.
Donc si quelqu'un sait pourquoi, merci de nous prévenir.
Malher rejoint ainsi la longue liste des pionniers qui ont marqué les débuts de la FM et que celle-ci n'hésite pas aujourd'hui à renier comme si elle ne voulait plus reconnaître tous ceux qu'elle a mis au monde...

-Non, arrête coco ! Il est fou lui ! Dis, t'as pris quoi avant d'écrire tes conneries là ? Oh le mec ! Laisse tomber, on t'a dit. Te fais pas chier à écrire tout ça, de toute façon personne va jamais lire ça. Balance l'interview va. Elle est pas mal cette interview non ? Hein ? Ouais, on a fait un truc sympa là"

J.R        


Le MAG RADIO : Peux-tu nous parler de ton projet ?
Malher : "On va créer avec Lange, le premier talk planétaire au monde. Il y a 60 millions de personnes ici, les grands réseaux se battent pour récupérer 20.000 auditeurs alors qu'il y a 300 millions de francophones dans le monde et pas une radio pour eux. Si, t'as bien une vieille radio gothique qui s'appelle RFI je crois, alors que nous on propose autre chose. Cette émission est produite par la société d'Emmanuel Lévy (de l'équipe d'Arthur), Grelot productions."


Un peu comme le fait Maurice avec la syndication ?
"Il y a de ca. Mais Maurice ne fonctionne qu'avec trois radios, une à Dieppe, l'autre à Hazebrouck et une à Saint Nazaire. Nous, on sera de Beyrouth à Los Angeles. On n'est pas sur le même terrain que les médias d'ici. On sera donc sur internet, Canal Satellite et sur de nombreuses radios à travers le monde. L'émission s'appelle " Allô la planète! " avec Malher et Lange de 22h à minuit pour démarrer, avec des rediffusions selon les décalages horaires. On émettra depuis les studios de Grelot Productions".


Comment as-tu rencontré Maître Lévy ?

"Juste après que l'émission se soit arrêtée sur RFM. C'est un pote de Lange, moi je le connais un peu. Il nous
avait écoutés quelques fois sur RFM. Et quand ça s'est arrêté, il nous a dit qu'il fallait faire quelque chose.
Et moi j'avais cette idée depuis pas mal de temps.
"


Et ça ressemblera plus à ce que tu faisais sur Europe 1, sur Rfm ou sur Skyrock ?
"J'avais déjà testé le truc sur EUROPE avec des coups de fil depuis l'étranger, et c'est ce qui m'a donné l'idée de faire ça il y a quatre ou cinq ans. Ca marchait plutôt bien."

Les coups de fil en provenance de l'étranger, Max Lafontaine en a aussi dans son émission sur Europe 1…
"Mais tu sais que j'ai été copié de nombreuses fois depuis de nombreuses années. J'ai été le précurseur de pas mal d'émissions. Lorsque j'ai démarré les mornings sur RFM en 1981, je gueulais, je cassais des disques et je me suis fait griller de toutes les maisons de disques, ce qui était rigolo. Ensuite, il y a eu "Bonsoir la planète" et puis la suite, tu la connais…"

"Bonsoir la planète" a été la première libre antenne des réseaux FM…
"Oui, alors que personne n'en voulait. C'est un pays très ouvert la France. C'est très bien, On râle tout le temps qu'il ne se passe rien, mais dès que t'amènes un nouveau projet, on te répond que ça ne marchera jamais et qu'il faut repasser dans deux ans parce que c'est trop tôt !"

Tu peux rappeler ton parcours pour celles et ceux, s'il en existe, qui ne te connaîtraient pas encore ?
"Pour les veilles dames qui restent encore en vie... Tu veux pas le faire à ma place ? (rires) On a ouvert la première grosse radio libre de Paris avec RFM de 81 à 86. ll y avait Coluche le soir et moi au morning, 6h-9h. Je dormais l'après-midi et je me relevais pour assister à son émission et prendre des leçons. Après on allait chez lui faire les cons, et ensuite je retournais à la radio. Ca a duré quatre ans comme ça. Les studios étaient au centre commercial de Vélizy. On passait par les poubelles. C'était déjà prémonitoire ! (rires) C'était une grande époque, ça marchait bien. J'étais avec mon vieux pote, Patrick Meyer (fondateur de RFM, ndlr), qui va peut-être monter une radio sur le ciné avec Eddy Mitchell, s'il est toujours vivant... (rires)
Ensuite, j'ai bossé sur une toute petite station, RADIO SHOW, durant un mois ou deux. Elle appartenait à Ringo, la femme de Sheila. (rires)
J'ai voulu rentrer à EUROPE, mais on m'a dit que j'étais trop jeune. Fallait avoir 112 ans déjà à l'époque. (rires)
Et puis Pierre Bellanger m'appelle, le big boss de SKY, pour me dire qu'ils démarraient le lendemain. Je lui ai dit OK, et il m'a mis un jeune journaliste dans les pattes qui s'appelait Eric Lange. On a fait un carton sur Paris avec le morning.
En 89, je m'ennuie, et y a un anglais à RFM qui me rappelle ! (Andrew Manderstam, ex-PDG de RFM). On a donc recommencé.
En 91, on s'en va.
Pourquoi ? Je ne sais pas, je ne sais jamais pourquoi je suis viré (rires). On me dit souvent : "on va vous recadrer".
Ce qui veut plutôt dire que tu vas te tirer ! (rires)
En fait ça correspond à chaque fois à un changement de boss. Et comme en général on m'appelle quand la radio est en perdition, le mec ne va donc pas tarder à partir et c'est pour ça que ça ne dure pas ! (rires).
J'ai aussi bossé sur FRANCE INTER durant tout un été. Je m'appelais Malher l'enchanteur là-bas. (rires).
J'étais dans un studio très loin de mon réalisateur, on devait être séparés par six vitres, on communiquait par signes, et avec le décalage horaire il envoyait le disque trois minutes après ! (rires).
Puis, petite période de stand by. J'en profite pour aller à la plage et me ressourcer à côté de Saint-Nazaire où chient tous les paquebots tous les trente ans !
Et puis un soir, mon fils Dylan, que je salue d'ailleurs et qui bosse sur TF6 en ce moment, me dit : "dis donc papa, on se parle pas assez".

C'était en 91, j'me dis qu'effectivement les gens ne se parlent pas assez. Et de la me vient l'idée de "Bonsoir planète". Je présente le projet aux radios qui n'en veulent pas. On m'explique que les jeunes veulent écouter de la musique, mais ne veulent pas parler. Alors je vais voir mon pote Pierre Bellanger (PDG de SKYROCK). Il me propose d'essayer parce qu'il a un créneau de libre le soir entre 20h et 22h. On fait un test la nuit du réveillon du 31. Le standard est booké durant deux heures ! On démarre l'émission le lendemain en semaine, et le succès a été instantané.
En trois semaines, je me suis retrouvé numéro un avec 600.000 auditeurs au quart d'heure. Tout le monde s'en rappelle encore aujourd'hui…
Mais mon rêve c'était de rencontrer Hubert et de bosser à Europe 1. J'ai fini par le rencontrer dans une boite très connue de Saint-Germain des Prés où il me dit qu'on fera de la radio un jour ensemble.
Un mois après, il m'appelle. Il démarrait une nouvelle émission sur Europe, et on a fait la première ensemble. C'était magnifique. Durant deux ans, on s'est partagé l'antenne. Lui en semaine et moi le week-end.
Là dessus, un nouveau boss arrive et : "Malher, on va te recadrer. Dehors !" Alors que ça marchait.
Après, c'est RMC qui m'appelle. Ils avaient besoin d'un mec pour faire le morning.
Là-bas, je prends un kiffe terrible, mais je n'avais pas le droit de parler. Je disais l'heure et j'annonçais les journalistes. Et comme le boss s'est aperçu que je m'ennuyais, il ne savait plus trop où me mettre. Le week-end, la semaine, etc…
Ensuite un nouveau boss arrive. Je m'étais préparé. J'avais fait mes valises, mais non, il me propose de rester et de faire le soir. Ca se passait très bien jusqu'au jour où le monsieur de RMC INFO arrive. Il m'a dit : "j'aime beaucoup ce que tu fais." Déjà je me méfie ! (rires). Bref, il me vire avant l'été, le 11 mai 2001.
Enfin, peu avant la rentrée, mon pote Lange m'appelle et me dit : "viens vite, on démarre un talk tous les deux le soir sur RFM".
J'hallucine. Pour moi, c'est un cadeau du ciel. Mais ça n'a pas duré longtemps. Je trouve que c'était une émission culte car c'était le premier talk pour adultes, alors qu'il n'y a que des talks de branleurs... De jeunes, pardon !
Le 11 septembre, y a un mec qui arrive en mobylette dans les Tours jumelles, et comme c'est une très grosse boite qui a de nombreuses ramifications dans le monde, on fait attention à ce qu'on dit. Mais ceci dit, les boss nous ont toujours laissés faire. On a même eu des témoignages d'Afghanistan !
Et là-dessus un nouveau boss arrive, mais là ce fut très rapide : dehors. Ce qui a été formidable, c'est qu'on recréait l'ambiance des premières radios libres et du premier RFM avec du rock très américain."

C'est toi qui en avait eu marre de parler une fois toutes les demi-heures où c'est eux qui ont décidé de te virer ?
"Non, on s'était mis d'accord. Moi, j'étais venu pour faire un talk et pas pour parler 18 secondes toutes les 34 minutes. Je ne suis pas fait pour ça."


Qu'est-ce que tu penses du RFM actuel ?
"Je préfère qu'on reste bons amis si tu veux. Ils ont leur place. Ils ont des familles à élever, ils ont des 4X4 à payer, tu comprends ? (rires) Ils ont des maisons à payer très très loin où ils ne vont jamais se cailler le cul le week-end avec des vieilles dames qu'ils n'ont plus envie de sauter... (rires) Vous couperez tout ça ? Non, faut les laisser s'amuser, mais moi je ne me reconnais pas là-dedans. On est revenu aux années 50 avec des radios fragmentées, stéréotypées, sclérosées, compartimentées, propres donc chiantes, avec deux ou trois disques qui reviennent tout le temps, et une nana qui vient toutes les heures te dire que Ben Laden est parti en mobylette. Mais comment veux-tu qu'un mec s'intéresse aujourd'hui uniquement à la radio, alors qu'il y a tellement d'autres choses à faire. Le DVD, internet, le cinéma, les vidéos-clubs, les bouquins. En France, on n'a pas compris un truc, faut dire qu'on est un pays conservateur, mais je m'en fous je suis né dans un avion ! Soit on fait des radios musicales, soit on fait des radios où on parle tout le temps. Ils n'ont pas encore compris qu'on pouvait aussi mettre des disques et parler entre deux. C'est pour cela que dès que je peux, j'écoute les radios américaines sur internet. On peut dire ce qu'on veut sur eux, mais là-bas il y a des radios où des groupes viennent jouer en direct. Ce qui est impensable ici."



Est-ce qu'on peut dire que "Bonsoir la planète" sur Skyrock t'a donné une notoriété nationale ?
"C'est une question à la con, mais je suis d'accord avec toi (rires). C'est vrai que ça a été un détonateur parce qu'il n'y avait rien avant."

En acceptant "Ca va vous faire coucher tard", tu n'as pas été surpris que ce soit diffusé sur RFM ?
"Totalement ! Je me suis demandé ce que ça venait faire là-dessus. Au début, les gens étaient surpris, et puis on n'a pas eu le temps de faire un gros taux d'audience car il y a eu les événements terribles avec les attentats aux USA, mais ce n'est pas grave. On a osé faire ça. Mais je pense qu'il y a une demande pour ce genre d'émission."

Tu sais, peut-être que la bande AM est en train de se développer avec le lancement de nouvelles radios, ça te tenterait ?
"Pourquoi pas. Faut voir. Je n'ai pas d'a priori."

Et si on t'avait proposé la même émission sur Europe 2 ?
"Je pense qu'on aurait été mieux sur Europe 2 que sur RFM où il y a un public très âgé. Moi, je m'adresse essentiellement aux jeunes de 12 ans jusqu'au bout de la nuit. Je ne parle pas aux ménagères enceintes de plus de 72 ans."

Et si tu devais faire autre chose que de la radio ?
"Je ne sais pas. J'ai déjà fait plein de trucs en dehors de la radio. J'étais G.O. au Club Med. J'ai été photographe. J'ai ouvert un restaurant dans les Halles avec un copain juste avant que RFM démarre. Etant donné que j'ai besoin d'être en contact avec les gens, tout était bon à prendre."

Et de la télé ?
"Alors là non ! Laisse tomber la télé ! A chaque fois que j'en ai fait, des mecs m'ont dit : surtout n'arrête pas la radio !"

Tu n'es pas resté en contact avec des gens de RFM ?
"Mais non, ils veulent pas ! Ils ne me prennent plus au téléphone ! Mais on n'a pas trop eu le temps de se connaître de toute façon. Ils ont été un peu perturbés par notre arrivée. Je les comprends... (rires)"

Tu arrivais vers quelle heure à RFM ?
'Très tôt. Vers 17-18 heures. On bossait. on programmait tous les disques, et ensuite on s'enfermait et on se tapait toute la presse. Après on matait les journaux télé. Et enfin, internet. On arrivait à 22h sur l'antenne, on était les mecs les mieux renseignés au monde. On était dégoûtés d'ailleurs..."

Et comment as-tu appris l'annonce de ton départ ?
"Ca a été très rapide. On a fait une dernière émission vachement émouvante. Comme toutes les dernières. Ce sont les meilleures. Et c'est toujours dans ces moments là que plein de gens appellent pour nous dire qu'ils n'avaient jamais téléphoné mais qu'ils aimaient ce qu'on faisait."

On s'aperçoit aussi que les gens sont toujours aussi nostalgiques de ce que tu as fait en radio…
"Je crois que j'ai toujours été honnête avec les gens. Je ne triche pas. Et il est trop tard pour que j'attrape la grosse tête. Et puis qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre ?"

On t'a toujours vu dans ce style d'animation là effectivement…
"Oui, je pourrais faire d'autres émissions. Mais on ne m'a jamais proposé autre chose. On ne m'a jamais proposé d'animer une émission musicale par exemple. J'aimerais bien faire une radio avec une petite nana. Elle ne passerait que des nouveautés, et moi que des titres plus anciens. On pourrait ainsi comparer."

Quel est ton meilleur et ton pire souvenir en radio ?
"Meilleur souvenir ? (silence)
Y en a tellement. Un moment fort de "Bonsoir la planète". C'était à une époque où il y avait des attentats, et un palestinien et un israélien se sont parlés. Ils s'engueulaient au début, et après ils ont commencé à se comprendre. Ca a duré très longtemps, environ une demi-heure. Et à la fin, ils en ont conclu qu'ils étaient cons de se battre depuis 2000 ans. Mon pire souvenir, c'est lorsque je suis parti d'EUROPE 1. J'avais envie d'y rester, mais ils ne voulaient pas. Mais quand on m'écoute à la radio, je fais peur, non ?"

T'écoutes quoi à la radio ?
"Je zappe énormément. J'adore Guy Carlier chez Stéphane Bern sur France Inter. C'est vraiment un grand de la radio avec un ton moderne. J'écoute pas mal Georges Lang la nuit parce que j'aime bien le rock ricain."

Et des gens que tu admires ?
"Ceux qui m'ont supporté depuis 20 ans. Ils ont eu du courage A chaque fois, on a voulu me pousser vers d'autres radios, d'autres émissions, mais il faut savoir se mettre en danger dans ce métier sinon on roupille. Ca m'a donc permis d'avancer et de faire plein de choses différentes."


Et si tu n'avais pas fait "Bonsoir la planète, qu'aurais-tu fait ?
"Bonne question... J'aurais peut-être essayé de reprendre une petit radio pour foutre la merde et niquer les gros réseaux pour faire quelque chose de bien. Mais il ne veulent pas. J'ai une image de clown et de déconneur donc ils pensent que je suis incapable de raisonner en termes de stratégie et de marketing, alors que j'en suis capable."

Propos recueillis par Lionel Durel, Zack Moullec et Mickaël Roix.